Les dents, un rempart contre la maladie 


DÉCRYPTAGE – Se préoccuper de sa santé bucco-dentaire ne devrait pas se limiter à rêver de sourire hollywoodien. La bouche constitue l’une des premières barrières de défense de l’organisme.

Manger, boire, parler, sourire, embrasser… «La bouche est tellement investie au plan sensoriel, physique et psychique, qu’on ne devrait pas la négliger», souligne le Dr Alain Amzalag chirurgien-dentiste à Paris. Malgré les messages de prévention, les Français restent pourtant de mauvais élèves en matière d’hygiène bucco-dentaire. En 2019, un sur quatre avouait se laver les dents moins de deux fois par jour. La brosse à dents est plus souvent changée tous les 8 mois que tous les 3 mois. Un Français sur trois n’est pas allé chez le dentiste depuis plus d’un an. Et cela ne s’arrange pas avec l’âge.

Selon une enquête menée en 2019 par l’Observatoire régional de la santé (ORS) des Pays de la Loire, si 43 % des 55 ans ont vu un dentiste en 2017, ce taux décroît de façon continue à partir de 65 ans, pour atteindre 25 % à 90 ans. Parmi les causes avancées: la peur de la douleur. «Ce ne sont pas les soins qui font mal, mais les pathologies bucco-dentaires», rappelle l’Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD). Autre argument avancé: des frais insurmontables… «Pourtant nous avons la chance de vivre dans un pays qui prend les soins de prévention en charge, il suffirait de les respecter pour ne pas développer de pathologies conduisant à des soins plus coûteux», insiste le Dr Amzalag.

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Présenter un saignement des gencives, comme c’est le cas pour un Français sur deux, c’est risquer une gingivite chronique. Non traitée, elle mène tout droit à la parodontite, avec de sérieuses conséquences sur tout l’organisme. «On ne peut pas être en bonne santé, si la bouche ne l’est pas», résume le Dr Christophe Lequart, chirurgien-dentiste en Touraine et porte-parole de l’UFSBD.

L’importance d’un bon entretien: le défaut d’hygiène bucco-dentaire entraîne le déséquilibre du microbiote buccal et la prolifération de bactéries pathogènes, qui peuvent menacer tout l’organisme.
Le Figaro

Des répercussions sur tout le corps

Les dentistes le martèlent: la cavité buccale n’est pas un monde à part. La vigueur et l’équilibre des dents, des tissus et des os qui les soutiennent, de la flore qui y cohabite, conditionnent toute notre santé.

L’alimentation

Avoir des dents si abîmées qu’on finit par les perdre, c’est oublier son sourire, avoir éventuellement des difficultés pour parler, mais surtout pour s’alimenter de façon équilibrée, comme y invitent les recommandations du programme national nutrition santé (PNNS). «Même si ce n’est pas visible, une molaire manquante affecte la façon dont vous mâchez. Les dents restantes se mettent alors à bouger et dans certains cas, il peut se produire une perte osseuse tout autour de la zone où il manque une dent», souligne l’Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD) pour laquelle il y a aucune fatalité à perdre des dents naturelles en vieillissant. «Même s’il existe un déchaussement physiologique avec l’âge, il ne suffit pas à entraîner la perte de dents, majoritairement due à des infections bactériennes», insiste le Dr Christophe Lequart, chirurgien-dentiste dans l’Indre-et-Loire et porte-parole de l’UFSBD.

Lors du Mercato, le transfert à prix d’or des importants joueurs de foot ne s’effectue que sous réserve d’un état bucco-dentaire parfaitement sain

Dr Alain Amzalag, chirurgien-dentiste à Paris

Moins bien mastiquer, donc manger, est d’autant plus problématique que l’on avance en âge, s’exposant à la dénutrition et à ses conséquences: fonte musculaire, risque de chutes et dépendance. La santé de la bouche demeure pourtant la grande oubliée dans la prévention de la dénutrition, dont souffrent 2 millions de personnes, alors qu’elle en est l’une des causes principales, déplore l’UFSBD.

L’alignement du squelette

Des douleurs articulaires ou musculaires liées à la santé bucco-dentaire? Ce n’est pas une vue de l’esprit. «Les sportifs de haut niveau le savent et y prêtent une grande attention», indique le Dr Lequart, qui suit la santé dentaire des volleyeurs de Tours. «Lors du Mercato, le transfert à prix d’or des importants joueurs de foot ne s’effectue que sous réserve d’un état bucco-dentaire parfaitement sain», renchérit le Dr Alain Amzalag, chirurgien-dentiste à Paris. Le lien, explique-t-il, est logique: «La mâchoire constitue la première articulation mobile du corps et l’emboîtement harmonieux des dents, que nous appelons occlusion dentaire, conditionne l’équilibre du squelette.» Des dents absentes ou mal positionnées, une couronne ou prothèse imparfaitement adaptée: un décalage d’un dixième de millimètre peut suffire à provoquer une déviation de la mâchoire. «Dès que le corps, qui fonctionne normalement en deux moitiés parfaitement symétriques, voit son centre de gravité dévié, poursuit le Dr Lequart, il peut y avoir des répercussions.» Vers le haut, une mauvaise occlusion peut induire des maux de tête chroniques et des vertiges, ou favoriser un grincement de dents (bruxisme), qui perturbe le sommeil. Vers le bas, cela influe sur l’alignement de la colonne vertébrale, des cervicales aux lombaires, «avec, parfois, un léger décalage de la hanche», assure le Dr Lequart. Peuvent alors apparaître des tensions musculaires douloureuses asymétriques: contractures voire déchirures, tendinites dans les membres inférieurs, ou pubalgies à répétition.

L’équilibre de la flore buccale

À 36 °C, toujours humide, la bouche est une étuve idéale: plus de 700 espèces bactériennes y ont été répertoriées. Certaines ont un rôle protecteur ; d’autres, comme les Streptococcus mutans et Porphyromonas gingivalis peuvent se révéler nocives si elles profilèrent trop. «Plus on a une bouche saine, moins on a de bactéries agressives», explique le Dr Lequart. Et le secret d’une bouche saine, c’est l’harmonie (eubiose) de tout ce petit monde. «Mais la flore buccale est fragile et à la merci d’un déséquilibre. Cette dysbiose est liée à une combinaison de facteurs: susceptibilité individuelle, familiale, facteur pluri-génétique sans doute, et environnemental», énumère le Pr Marjolaine Gosset, chercheuse à la faculté de chirurgie dentaire de Paris.

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Par environnement, il faut entendre les habitudes: «Hygiène dentaire défaillante, alimentation hyperriche en glucides et lipides mais appauvrie en micronutriments, tabagisme», détaille la parodontologiste. Certains médicaments peuvent aussi fragiliser l’équilibre, quand ils sont bactéricides (antibiotiques) ou qu’ils diminuent la production de la salive, qui contribue à neutraliser les acides après certaines prises alimentaires (hypertenseurs, antihistaminiques, antidépresseurs).

Le sommeil

Mâchoire douloureuse, maux de tête, dents plus sensibles sont des signes qui peuvent indiquer que vous souffrez de bruxisme. «L’origine de ce grincement de dents involontaire, et le plus souvent nocturne, est liée à un excès de stress, qui se cristallise sur l’articulation temporo-mandibulaire», explique le Dr Amzalag. Outre qu’il influe sur la qualité du sommeil, il n’est pas sans incidence sur la sphère bucco-dentaire puisqu’il provoque une usure accrue des dents et un risque de troubles articulaires importants au niveau de la mâchoire vers 40-50 ans. Parmi les innombrables effets de la pandémie de Covid, les dentistes ont observé une croissance des cas de bruxisme. Une enquête menée par des chercheurs israéliens soulignait l’augmentation de la proportion de grinceurs de dents, passé de 10 à 36 % durant le premier confinement. En mars 2021, l’Association dentaire américaine relevait pour sa part une augmentation de 71 % des pathologies liées aux serrements de dents. Pour éviter leurs dégâts, le dentiste peut prescrire une gouttière, à porter la nuit. Réalisée sur mesure, semblable au protège-dents des sportifs, elle diminue la pression musculaire et l’usure imposée aux dents.


Le tabac au banc des accusés

Délétère pour les poumons, la gorge, le cœur… Les effets du tabac sont tout aussi désastreux pour la sphère bucco-dentaire. Il provoque une mauvaise haleine et des taches sur les dents . Et comme l’alcool, il multiplie aussi le risque de cancers buccaux. À partir de 45-50 ans, ils peuvent toucher n’importe quelle zone (lèvres, tissus gingival, langue, palais). Ils se manifestent par une plaie qui saigne et ne guérit pas, une petite zone épaissie, rugueuse ou croûteuse. Des lésions suspectes que le dentiste traque aussi quand il inspecte votre bouche.

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Le tabac est également un facteur de risque majeur de maladie parodontale lorsque l’on souffre de diabète, surtout si celui-ci est mal équilibré. Mais ce n’est pas tout. «À chaque bouffée de cigarette, la température peut grimper jusqu’à 70 °C dans la bouche, détaille le Dr Alain Amzalag. Vous ne le sentez pas, parce que la salive fait tampon, mais les effets sont là .» Vasoconstricteurs d’abord: la vascularisation des gencives est réduite, ce qui ralentit la cicatrisation en cas de chirurgie, mais les rend aussi plus vulnérables aux attaques de la plaque dentaire. Or celle-ci est aussi favorisée par le tabac, qui augmente l’acidité et la sécheresse buccale, en modifiant les propriétés antibactériennes de la salive. Résultat: un parodonte fragilisé et un déchaussement dentaire accru.

Les effets du tabac sont désastreux pour la sphère bucco-dentaire.
Les effets du tabac sont désastreux pour la sphère bucco-dentaire. Getty Images/iStockphoto

De la gingivite à la parodontite

Si les dentistes insistent pour que l’on se brosse les dents deux fois par jour, c’est parce que «le microbiote se dépose partout, explique la parodontologiste Marjolaine Gosset. Sur les muqueuses et tissus mous, il s’élimine en permanence par desquamation. Sur les dents, en revanche, il forme un biofilm». Plus communément appelé plaque dentaire, ce biofilm est notre pire ennemi. Si on n’élimine pas régulièrement ce mélange de salive, de débris alimentaires et de bactéries, il s’accumule sur et entre les dents, et se calcifie à la jonction entre dents et gencives. Un tartre qui favorise la prolifération des bactéries les plus nocives.

Lorsque le biofilm contient trop de Streptococcus, qui produisent des acides attaquant l’émail dentaire, cela conduit à la carie. Lorsque c’est le Porphyromonas qui prolifère, le risque est de développer une maladie parodontale, qui s’attaque à tout le tissu de soutien des dents (le parodonte).

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Au premier stade, cette pathologie se limite à la gencive. Quand elle est gonflée, sensible et saigne au brossage: c’est une gingivite. Elle peut se transformer en parodontite, dont les conséquences peuvent être sévères, en l’absence de traitement. Dans la bouche, elle conduit au recul progressif de la gencive, puis au déchaussement des dents.

Des conséquences extra-buccales

Sans soins, la prolifération bactérienne gagne, en effet, les couches plus profondes. L’os alvéolaire se résorbe. Les dents, qui ne sont plus du tout maintenues, bougent et finissent par tomber. Depuis 20 ans, des études démontrent que la prolifération de ces mauvaises bactéries peut menacer l’organisme sévèrement, bien au-delà de la bouche.

La moitié de la population est touchée par une maladie parodontale, dont 10 % de façon sévère. Cette pathologie d’origine infectieuse, qui touche et détruit les tissus de soutien des dents (gencives et os), évolue sur plusieurs dizaines d’années.
La moitié de la population est touchée par une maladie parodontale, dont 10 % de façon sévère. Cette pathologie d’origine infectieuse, qui touche et détruit les tissus de soutien des dents (gencives et os), évolue sur plusieurs dizaines d’années.

Une porte d’entrée pour les infections et inflammations

«Votre cuir chevelu se mettrait à saigner, vous iriez tout de suite consulter un médecin. Pour les gencives, c’est pareil: on ne doit pas les laisser saigner», insiste le chirurgien-dentiste Christophe Lequart. On le sait, une carie, qui se manifeste d’abord par une hypersensibilité au chaud ou au froid avant d’évoluer vers une franche douleur, nous précipite chez le dentiste. En revanche, le saignement gingival est trop rarement considéré comme un motif de consultation. Or négliger une gingivite, alors que cette inflammation est réversible si elle est traitée, c’est non seulement courir le risque qu’elle devienne chronique, mais aussi qu’elle se transforme en maladie parodontale. La fonte des tissus et de l’os qui soutiennent les dents peut se stabiliser par des détartrages réguliers en profondeur (curetage ou surfaçage), un traitement antibiotique parfois, et une hygiène dentaire décuplée, mais elle n’est pas rattrapable.

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Sans intervention, le foyer qui se développe de plus en plus profondément sous la gencive, dans ce que l’on appelle des poches parodontales, ne demande qu’à prospérer et à se répandre. «Lorsque la parodontite est sévère, si vous faites la somme de toutes les petites plaies que constituent les poches parodontales, cela équivaut à la surface d’une paume de main», explique la parodontologiste Marjolaine Gosset. Soit une porte d’entrée de près de 200 cm2, pour les molécules inflammatoires et les bactéries. «Le parodonte étant richement vascularisé, son atteinte peut ainsi déclencher dans tout l’organisme une inflammation chronique non détectable par une analyse sanguine, mais susceptible de favoriser l’évolution d’autres pathologies», détaille-t-elle. «Quant aux bactéries, elles peuvent non seulement être avalées, respirées – au risque de provoquer des pneumonies notamment chez les personnes âgées – mais aussi migrer dans la circulation générale et induire ou favoriser de sérieuses maladies, à distance de la bouche», met en garde le Dr Lequart. Ce lien entre maladies orales et extra-orales fait l’objet d’un nombre d’études scientifiques croissant depuis une vingtaine d’années.

Les endocardites

«Chez un sujet sain, les bactéries buccales peuvent traverser l’organisme sans problème, souligne le Dr Alain Amzalag. Mais si le patient présente déjà une fragilité du tissu cardiaque, des valves ou s’il est porteur d’une prothèse valvulaire, elles peuvent induire une endocardite.» Cette infection bactérienne de la paroi du cœur ou des valvules peut engendrer des complications mortelles (insuffisance ou embolie), si elle n’est pas traitée rapidement. À titre préventif, les cardiologues recommandent à ces patients à risque une visite semestrielle chez le dentiste pour contrôler et éviter tout foyer infectieux dans la bouche. «Par précaution également, le consensus scientifique recommande une prémédication avant tout acte dentaire sanglant comme une extraction, et même un détartrage», explique le Dr Christophe Lequart, qui prescrit une prise unique de 2 grammes de pénicilline, une heure avant l’intervention.

Les maladies cardio-vasculaires

Les mauvaises bactéries buccales menacent aussi la santé des artères. «En 1993, une étude menée en Finlande sur des sujets suivis depuis l’âge de 10 ans a montré que ceux qui avaient eu des soins dentaires incomplets développaient plus de maladies cardio-vasculaires à 40 ans», affirme le Dr Amzallag. Depuis, les travaux se sont multipliés, prouvant désormais solidement le lien entre maladie parodontale, inflammation systémique et pathologies ou accidents cardio-vasculaires (1).

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Elle en multiplie le risque par 1,3. En 2017, une revue d’études (méta-analyse) pointait une association significative entre parodontite et infarctus du myocarde (2). La parodontite est fortement soupçonnée d’accélérer le dépôt de cholestérol dans les artères, favorisant la formation de plaques d’athérome (athérosclérose), qui réduisent l’élasticité et le diamètre des artères, augmentant ainsi le risque d’accident vasculaire. L’analyse d’échantillons d’artères malades chez des victimes d’accidents coronaires a permis d’y identifier une vingtaine de bactéries impliquées dans la parodontite, dont le Porphyromonas gingivalis. «Des travaux récents menés sur des victimes d’accidents vasculaires cérébraux hémorragiques ont également identifié sur le site de l’accident la présence de bactéries buccales, dont le fameux Streptococcus mutans, impliqué dans les caries», indique le Dr Lequart. En 2016, une équipe américano-japonaise publiait ses résultats dans la revue Nature, après avoir suivi 100 patients admis en urgence pour AVC hémorragique. 26 % d’entre eux se révélaient contaminés par cette bactérie buccale, contre 6 % seulement parmi les victimes d’AVC ischémique(3). «Ce lien statistique ne permet pas de conclure qu’une carie mal soignée est à l’origine de l’AVC, mais elle est sans doute un facteur favorisant», précise le Dr Lequart.

Le diabète

Chez les personnes diabétiques, la maladie parodontale est un risque à prendre très au sérieux. Le lien entre les deux pathologies est le plus documenté dans la littérature scientifique. «Il est aujourd’hui établi que la parodontite est la 6e complication du diabète», prévient le Dr Lequart. D’où la recommandation de 2 visites par an au moins chez le dentiste. L’interaction est à double sens. Le diabète, qui induit une moins bonne vascularisation des extrémités, une moins bonne cicatrisation et une moindre réponse inflammatoire, facilite le développement d’une parodontite. Or, la maladie parondontale, par les médiateurs d’inflammation qu’elle sécrète, favorise l’insulino-résistance (4) et le déséquilibre de la glycémie. Une étude parue dans The Lancet en 2018 le confirme, en démontrant que traiter une parodontite chez un patient souffrant de diabète de type 2 contribue à réguler sa glycémie (5). Le taux d’hémoglobine glyquée, qui mesure l’équilibre glycémique dans la durée, s’en trouve amélioré de 0,15 %. «C’est plus que l’amélioration de 0,10 % apportée par les 150 minutes d’activités physiques hebdomadaires recommandées aux personnes souffrant de diabète», insiste le chirurgien-dentiste.

La grossesse

Les infections du parodonte favoriseraient le risque d’accouchement prématuré. L’étude Epipap (6), menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l’a évalué dans six maternités françaises, sur 1108 femmes qui venaient de donner naissance à un enfant prématuré (avant 37 semaines d’aménorrhée) et 1094 femmes (cas témoins) ayant accouché à terme. Résultats: la fréquence estimée de parodontites chez les jeunes mères est évaluée à 24 %, et cette maladie parodontale se trouve associée à une augmentation du risque d’accouchement prématuré, pour cause de pré-éclampsie, une complication de la grossesse combinée à une hypertension artérielle et l’apparition de protéines dans les urines. Une précédente étude menée sur 200 jeunes accouchées estimait que les femmes souffrant de parodontites ont 3,2 fois plus de risque de mettre au monde un bébé de petit poids, et 3,4 fois plus de risque d’accoucher avant terme (7).


Les bactéries migrent dans le cerveau

Depuis 2018, plusieurs travaux ont révélé un lien étonnant, entre la redoutable bactérie Porphyromonas gingivalis et la maladie d’Alzheimer. Le premier, publié dans la revue Plos One, signalait des signes typiques de maladie neurodégénérative (neurodégénération, production de peptide amyloïde, qui, en s’agrégeant, forment les plaques amyloïdes caractéristiques d’alzheimer) chez des souris, auxquelles on avait déclenché une parodontite chronique, en les soumettant régulièrement à cette bactérie. En analysant le cerveau des sujets malades, et particulièrement l’hippocampe, structure clé de la mémorisation touchée dans la maladie d’Alzheimer, on y retrouvait en outre la fameuse bactérie.

Plusieurs travaux ont révélé un lien étonnant entre la redoutable bactérie Porphyromonas gingivalis et la maladie d’Alzheimer.
Plusieurs travaux ont révélé un lien étonnant entre la redoutable bactérie Porphyromonas gingivalis et la maladie d’Alzheimer. SPL / BSIP

En janvier 2019, la publication d’une étude internationale, menée cette fois sur l’analyse post-mortem de tissus cérébraux humains confirmait que le cerveau n’est pas imperméable aux dysbioses buccales (8). Les chercheurs ont révélé la présence de gingipaïnes dans les neurones des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer: or ces protéines sont sécrétées par le Pophyromonas. Si ces découvertes ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct, elles suggèrent tout de même que la pathologie pardodontale non traitée peut contribuer à favoriser le développement d’une maladie neurodégénérative.


Un lien établi avec la maladie de Crohn et la polyarthrite rhumatoïde

Plusieurs études ont observé un lien épidémiologique entre la maladie parodontale et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Mici). Elles apparaissent plus fréquentes chez les personnes souffrant de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique. «Ces études ne sont toutefois pas assez nombreuses ni solides pour en déduire un lien de causalité», souligne le Pr Marjolaine Gosset. Elles révèlent cependant une association, qui pourrait s’expliquer par une modification du microbiote buccal chez ces patients et un relargage élevé de Cytokines pro-inflammatoires. Le même mécanisme pourrait expliquer la prévalence plus élevée de maladie parodontale chez les personnes qui souffrent de polyarthrite. La bactérie Porphyromonas jouerait un rôle, sinon pour déclencher la polyarthrite au moins pour la favoriser. En effet, l’inflammation articulaire et la déformation des mains rendent le brossage efficace des dents plus compliqué.

Adoptez les bons gestes de prévention

Comme le rappelle le chirurgien-dentiste Alain Amzalag «le meilleur dentiste, c’est vous!». S’astreindre à une hygiène bucco-dentaire régulière est, en effet, le premier et meilleur moyen de conserver une bouche saine toute sa vie.

Se brosser dents et gencives

Le brossage manuel ou électrique, avec une brosse à poils souples et un dentifrice fluoré, est la clé de voûte de l’hygiène bucco-dentaire. Deux minutes, le temps d’une chanson, deux fois par jour: c’est la durée minimale. «Cela suffit, en règle générale, car la plaque dentaire met environ une douzaine d’heures à se reconstituer.», explique le Dr Christophe Lequart, chrirurgien-dentiste et porte-parole de de l’UFSBD.

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«Bien se brosser les dents est un vrai travail», prévient de son côté le Dr Alain Amzalag. «Et s’apprend», renchérit le Pr Marjolaine Gosset. Au lieu de vous acharner le long de la ligne des gencives, frottez au contraire doucement: une dent après l’autre, toujours des gencives vers la dent, sur la face externe puis interne ; puis latéralement sur l’arête des molaires et des dents.

Passer le fil dentaire

«Il existe des espaces entre les dents qu’aucune brosse, si performante soit elle, ne peut atteindre», souligne le Dr Amzalag. Pour éviter que la plaque dentaire ne s’y incruste, avec une prolifération bactérienne menaçant le parodonte, il faut y accéder pour les nettoyer en complément du brossage, une fois par jour au moins (à chaque brossage en cas de maladies des gencives), avec du fil dentaire ou des brossettes interdentaires.

Réaliser des bains de bouche

Rien ne s’oppose à terminer le brossage par un bain de bouche, à condition de ne pas se tromper. Les bains antiseptiques, à base de chlorhexidine, vendus en pharmacie, doivent être réservés à un usage temporaire, lorsque le dentiste les prescrit pour désinfecter une plaie ou après une intervention chirurgicale. Un usage prolongé déstabiliserait la flore buccale. Parmi la pléthore de bains de bouche quotidiens, vous avez le choix entre ceux enrichis en fluor ou en arginine, qui renforcent l’effet du dentifrice, ou ceux qui neutralisent la mauvaise haleine. «Mieux vaut opter pour un bain de bouche à 0 % d’alcool, sans risque d’assèchement de la cavité buccale», recommande le Dr Amzalag. Dans tous les cas, «le bain de bouche ne remplace pas le brossage!», insiste le Dr Lequart.

Surveiller son alimentation

La bouche est la porte d’entrée de l’alimentation, qui influe sur toute notre santé, y compris celle des dents et gencives. «On observe une concordance entre les recommandations du programme national nutrition santé et l’équilibre alimentaire recommandé d’après les études pour une bonne santé du parodonte», souligne le Pr Marjolaine Gosset.

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Rien ne vaut un régime équilibré, riche en fruits, légumes et féculents (glucides complexes), modéré en viandes, œufs et poisson et pauvre en sucres simples qui se cachent non seulement dans les sodas, mais aussi dans la «junk food». Le risque du prêt à manger à toute heure, met en garde l’UFSBD, c’est aussi le grignotage tout au long de la journée, tout aussi néfaste pour la santé orale.

Consulter le dentiste régulièrement

Prenez rendez-vous chez le dentiste au moins une fois par an, même si vous ne souffrez d’aucune maladie chronique, si vos dents paraissent saines et ne sont pas douloureuses. Après 60 ans surtout, prévient l’UFSBD, les nerfs à l’intérieur des dents deviennent plus petits et moins sensibles: au moment où vous ressentirez une douleur, le mal pourrait être plus profond, vous faisant courir le risque de perdre une dent. Cette visite de contrôle permet de dépister les infections carieuses et surtout parodontales, en évaluant le déchaussement des dents, que l’on peut prévenir par un détartrage.


Une vigilance accrue pendant la grossesse

«Le proverbe “Un enfant, une dent”,c’est une idée reçue», s’insurge le Dr Christophe Lequart. Il n’y a aucune raison, a priori, de perdre une dent lorsque l’on est enceinte. «Les premiers mois, il peut y avoir une gingivite gravidique liée aux modifications hormonales, qui provoque un gonflement des gencives, mais elle disparaît après la grossesse», explique-t-il.

Il n’y a aucune raison, a priori, de perdre une dent lorsque l’on est enceinte.
Il n’y a aucune raison, a priori, de perdre une dent lorsque l’on est enceinte. Getty Images

Il est plus que jamais nécessaire de se brosser régulièrement et convenablement les dents. Étant donné que l’augmentation de progestérone et d’œstradiol favorisent l’inflammation et diminuent les défenses immunitaires, la composition de la salive est modifiée. Elle devient alors plus acide et peut favoriser le développement de caries, surtout quand on a tendance à grignoter. Il est donc capital de maintenir une bonne hygiène bucco-dentaire.

(1) Heart lung circ. 2018 Nov; 27(11): 1327-1334. (2) European Journal of Epidemiology Jan 2017 32 (1): 43-53. (3) Sci Rep 6, 20074 (2016). (4) Gut. 2017 May;66 (5): 872-885. (5) Lancet Diabetes Endocrinol. 2018 Dec ; 6 (12):954-965. (6) Actual. Odonto-Stomatol. 2014 ; 267: 20-26. (7) J Clin Periodontol. 2010 Jan ; 37 (1): 37-45. (8) Sci Adv. 2019 Jan 23 ; 5 (1): eaau3333

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